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Chapitres
Nous voici dans nos cabines en attendant le départ demain matin. Pour le moment, il fait plus chaud à l’intérieur qu’à l’extérieur. Jean-Pierre va à la recherche du Capitaine qui s’appelle TALL et qui est… le frère de maître Tall de Koutiala. Ils ont le même père. Du coup la discussion et nous obtenons des draps, des oreillers, du papier toilette (qu’ils appellent pompeusement « serviettes hygiéniques »),. Nous obtenons également des verres au près du bar. Nous les garderons toute la croisière pour l’apéritif. Et pour demain, Tall nous promet des ampoules pour nos têtes de lit. Tout semble se régler. Pas d’observation pour le moment sur le sanitaire compte tenu que l’eau ne sera fonctionnelle que demain après le départ.
C’est Byzance, non Koulikoro ! Un technicien, muni d’un tournevis, vient réparer la serrure de la cabine d’Andrée qui ferme bien de l’extérieur mais pas de l’intérieur. Les serrures ont été posées ce matin même mais elles sont chinoises ! A l’évidence nous sommes les premiers touristes de l’année à prendre des premières « luxe ». Nous affrontons donc les difficultés d’une installation remise « en état » et qui n’a jamais servi. Jamais servi…. De façon nominale car nous apprenons que ces cabines permettent de doubler le nombre de points d’eau, de douche et de toilettes pour les passagers D’ailleurs, après chaque escale, des passagers essaient de pénétrer dans la cabine. Habituellement celle-ci est ouverte et ils peuvent profiter des toilettes, malheureusement pour eux les 2 sont occupées et ils vont devoir descendre sur le pont inférieur (2 niveaux plus bas).
Mercredi 19 novembre, il est 5 h 50 quand nous sentons que le bateau bouge, Jean-Pierre courageux, s’habille pour aller prendre quelques photos du départ, raté !!! Il fait encore nuit, un quart d’heure plus tard, c’est bon. Pas de photo de Koulikoro donc. Mais est-ce un mal ? Pour l’instant le voyage est agréable car le bateau n’est pas trop chargé et le pont promenade encore accessible. L’absence de bâche pour protéger les passagers du soleil se fera sentir. Les usagers se déplaceront la nuit sur le pont et le jour dans les coursives. Nous devrons nous battre pour pouvoir disposer de notre « espace vital » chèrement payé en monnaie papier ! Pas trop de problème avec les passagers africains qui ont vite compris la répartition des surfaces mais que de difficultés avec les blancs qui squattent, jettent leurs détritus sans s’inquiéter des autres, arrosent les étages inférieurs du jus de leurs fruits etc.
Nous trainons un pétrolier amarré à notre côté. Il va jusqu’à mopti mais ne devrait pas nous retarder. Inch Allah.
La cloche pour le petit déjeuner tinte, vite Isa passe sous la douche (froide car il n’y a pas d’eau chaude). L’eau est arrivée et c’est possible. Nous rejoignons la salle à manger des 1ère qui se trouve à notre niveau. Il y a des tables et chaises de jardin. Nous en prélèverons trois pour bronzer à l’ombre dans les coursives de « luxe ». Le choix est entre café et/ou… lait, pas de thé. Un morceau de pain encore frais et un bout de beurre. Demain Andrée apportera la confiture de patates douces pour agrémenter notre petit-déjeuner. Nous faisons connaissance avec les autres passagers de première.
Au fil de l’eau nous faisons une 1ère escale, à Kénenkoun. Pour ce qui est du port et de ses infrastructure : le néant. Le bateau enfonce sa proue dans la berge. Il jette ses amarres attachées par les habitants présents à des arbres et c’’est tout. Tall descent le courrier à la main et disparait par un chemin qui doit aller jusqu’au village dans les terres. Il s’agit d’un de ces villages à être relié au reste du Mali par la seule voie fluviale. Retour du maître à bord qui revient avec d’autres enveloppes et documents. Entre temps paniers et objets divers sont allés et venus.
Nous repartons pour la prochaine escale Tougouni où l’accostage sera très violent ; nous perdons le pétrolier que nous tractons, du coup l’escale sera plus longue. Car il faut ramarrer le bateau. Le « général Soumaré » n’avait pas le bon angle pour l’impact et c’est le pétrolier qui a touché le premier. Il s’est arrêté alors que nous poursuivions notre route avant de défoncer la berge.. C’est ça l’aventure.
Tout est rentré dans l’ordre, nous repartons pour Niamina, l’escale ici est plus longue, car c’est un gros village et on décharge du fret. Tous les villageois sont là pour voir le bateau, d’ailleurs c’est son dernier passage avant juillet prochain quand le fleuve sera suffisamment haut. Les femmes sont à la lessive et en profite pour leurs ablutions. JP se rince l’œil (pas beaucoup) et en profite pour prendre quelques photos. Il a apporté des cours de photo et de traitement informatique de celles-ci. Après mise sur l’ordinateur des prises de vue, il se branche l’écouteur dans l’oreille et aspire la science des techniciens qui savent. Tout à l’heure il améliorera ses images…
Notre prochaine escale sera Tamani, qui est du bon coté, pour le bateau qui va pouvoir descendre la passerelle. En effet le pétrolier complique les manœuvres et s’il ne nous empèche pas d’avancer il nous ralenttit quand même. Une très jeune maman rentre dans son village. Un peu plus loin on lave « La Moto ». Cette femme est chargée d’un gros ballot, et elle doit monter un haut talus d’environ deux mètres, tous les villageois regardent mais pas un n’interviendra pour l’aider, prendre ses affaires. Aucune solidarité. Elle a du se débrouiller seule, ce qui est surprenant car, nous les avons toujours vu prévenant et près à rendre service. Ne serait-ce pas la même chose avec leurs femmes maliennes ?
Pour nous c’est l’activité débordante d’une croisière. Repos total entre les repas, temps forts de la journée. A ce sujet, ce midi c’était « riz-sauce ». Un bol de riz tassé dans le bol et retourné dans l’assiette et une cuvette de sauce proposée avec une louche. Ces dames apprécient et JP fait grise mine. La sauce est verte et typique du Mali. Déjà avec pier de Angeli, Isa et JP y ont goûté. Nous ne pouvons pas recommander la COMANAV pour ses repas gastronomiques.
Jean-Pierre a trouvé sur l’appareil une fonction « coucher de soleil », alors autant vous en faire profiter. Il prend plusieurs panoramiques du soleil sur le Niger. D’ici la fin de notre croisière, avec l’aide de ses cours, il fera des photos quasi professionnelle.
C’est le soir et les animaux vont se désaltérer dans les eaux du fleuve, pendant que leurs gardiens se réunissent. Nous sommes encore dans une région d’élevage et les peuls mênent leurs troupeaux. Après Mopti, ce seront uniquement des pêcheurs. Le fleuve déroule ses berges et nous laissons nos yeux s'y reposer. Le calme n'est troublé que par les bruits du bateau et la vie du bord. Sur le pont inférieur des marchands se sont installés parmi les ballots et les animaux. Deux chevaux vivent à l'avant du navire. Pas bien gros les animaux ! Leur Gardien Djarra engage la conversation avec JP. Il semble parler bambara et son nom pourrait être Djarra.... pas simple de se comprendre. là où nous allons, le français n'est pas bien pratiqué.
En fin de soirée, dans le noir absolu, nous arrivons à Farako. Après l’apéritif sympa et le diner aussi peu ragoutant que le déjeuner c’est dodo après une journée épuisante.
Jeudi 20 novembre Il est 1 h 30 quand nous arrivons à Ségou, la barge que nous trainons avec nous et qui nous a bien ralentie, n’est pas du bon coté, il faut l’arrimer de l’autre coté du bateau pour accéder à l’embarcadère qui grouille de monde. Ils mettront une partie de la nuit pour faire les manœuvres et décharger le fret. Les passagers embarquent et on lève l’ancre vers 8 heures pour le barrage de Markala. Nous nous sommes réveillés vers 7 heures et nous ne descendrons pas du bateau qui est sur le départ. Mais est-ce un départ imminent à la sauce africaine ? Nous ne prenons pas le risque et restons sur le navire sans aller faire un tour jusqu’au musée. Le déchargement des motos est terminé et elles sont poussées jusqu’au camion qui va les distribuer dans la région.
Andrée est bien embêtée car sa salle de bain est encore inondée, déjà hier ils avaient épongé, mais sans réparation à chaque fois qu’elle veut utiliser de l’eau c’est la piscine. Tall, que JP est allé voir promet… « A Mopti ce sera réglé. D’ici là rien n’est possible ». Un employé passe dans notre cabine pour passer un coup de serpillière, nous lui demandons de repasser dans une petite demi-heure, on l’attend encore. .En attendant nous voici dans le delta du Niger avant d’arriver à Markala, où nous prendrons le canal avec une écluse au bout pour rejoindre le fleuve.
Isabelle et Andrée s’installent dehors à l’ombre. Au fond du paysage à l’avant du bateau, Andrée voit un château construit sur une ile dont nous nous rapprochons. Ce n’est qu’une illusion : une trouée entre les arbres. Le Niger prend ses proportions de delta. Voici enfin l’étendue d’eau qui signale que nous arrivons au barrage de Markala.
Dès l’entrée dans le canal, nous nous arrêtons à Markala, car le pétrolier qui est arrimé sur le coté de notre bateau ne passera pas de front dans l’étroit chenal. Donc il est détaché et suit son petit bonhomme de chemin, seul avec ses moteurs, il sera de nouveau attaché après l’écluse. Nous stationnons donc quelques minutes à l’entrée du canal et c’est l’effervescence sur la rive. En effet, au même moment une pinasse arrive, bondée et le départ se précise pour certains qui vont la prendre. Le village est rassemblé et les discussions vont bon train. Entre recommandations, suppliques et missions confiées tout se presse avant de monter sur la barque qu’une jeune fille va conduire jusqu’à la pinasse.
Nous suivons le canal qui nous permet de contourner le barrage. C’est un endroit riche, car certaines terres sont irriguées par les eaux du canal. Les femmes font leur lessive et se lavent dans l’eau ; JP photographie. Les enfants nous regardent passer et les mains s’agitent. Quelques animaux morts attendent sans espoir l’équarrisseur. Les animaux vont s’abreuver et les pierres de banco sèchent. Isa en profite pour aller faire une petite sieste car elle n’a pas beaucoup dormi cette nuit. Quant à Andrée et Jean-Pierre, ils sont restés dans la coursive. Andrée a pu mettre sa jambe sur une chaise que Jean-Pierre avait munie d’un coussin. C’est l’occasion de réviser les cours de bridge et de regarder les donnes jouées précédemment ensemble sur BBO. JP regrette de ne pas avoir pris les « pas-à-pas » et les « Delorme ». Il faudra attendre Koutiala. Il va voir le responsable de l’intendance qui lui a indiqué qu’il pouvait tout obtenir à bord…. Moyennant cadeau. A ce sujet, la piscine dans la salle d’eau d’Andrée…
Et voici l’écluse qui termine le canal, nous sommes à Kolongotomo, gros bourg vraisemblablement vivant du passage des bateaux. Le pétrolier est devant nous, dans l’écluse qui se vide ; après ce sera notre tour et derrière une pinasse voyageurs. C’est le moment de faire le ravitaillement des voyageurs, on achète et on vend. Les prix sont modérés. Comme c’est bientôt l’heure du repas, il convient de s’approvisionner en épices, poissons et légumes. En attendant notre repas qui sera du riz sauce. L’activité se développe sur l’écluse. Troupeaux de bovins, d’ovins (c’est bientôt Tabaski), d’humains et d’écoliers rentrant chez eux. L’écluse est le chemin le plus court pour aller d’un coté à l’autre. Même ouverte elle est utilisée !
Ca y’est nous sommes dans l’écluse et les ventes s’excitent ! Bientôt le niveau du bateau ne permettra plus les échanges… Les dernières affaires se concluent dans l’affolement. Après l’écluse nous ramarrons le pétrolier et nous voilà repartis Nous arrivons dans un premier village, arrêt éclair pour permettre à madame de descendre. Puis c’est Kokri, joli petit village où les enfants sont plein de vie jouent dans l’eau et montent sur la passerelle qui trempe dans l’eau. C’est aussi l’occasion de la vente ambulante qui est ici vitale pour ses habitants, ils vendent leurs produits de la pêche ou les légumes du potager pour se faire quelques sous et nourrir leur nombreuse famille. Depuis Ségou, nous ne voyons quasiment que des enfants ou des adolescents sur les rives. Familles nombreuses et nombreuses familles.
En fin d’après-midi, alors que nous devisons dans la cabine d’Andrée, Isabelle qui s’est assise sur le lit vide, se sent glisser vers le bout du lit, puis…. un grand bruit. Notre bateau siamois a rompu les amarres et est parti vivre sa vie. Les équipages s’affolent et la liaison physique est rétablie, tout ça pendant que des ouvriers sont en train d’œuvrer dans la salle d’eau d’Andrée à colmater les fuites en enduisant le bas du bac de douche avec du néoprène. Peut être une réparation de la fuite aurait permis de résoudre le problème mais c’est sans doute plus simple d’empêcher l’eau de s’échapper dans la pièce. De toute façon, les toilettes sont débranchées. Il a fallu que Jean-Pierre promette un petit quelque chose pour la réparation ne soit pas repoussée à bien plus tard. Pendant ce temps Andrée regarde le film « Camping » sur l’ordinateur. Un seau arrive qui remplacera la chasse d’eau d’Andrée. JP le remplit à la douche et se fait tremper. Heureusement ici on sèche vite.
A 19 heures, c’est le rituel de l’apéro, et au moment où sonne la cloche pour le diner, le bateau se remet à pencher sur tribord et un nouveau grand bruit, nous sortons, et là le pétrolier a totalement disparu, il fait nuit noire et il n’est plus là. Nous retournons diner. Pour Isa qui est un peu barbouillée ce sera soupe et coca-cola, pour une fois qu’il y a des spaghettis au menu… Nous finissons notre repas et sortons, le pétrolier est au loin, échoué, Son équipage se démène et soude, éclairés par le projecteur de notre bateau. Dans la nuit nous repartons, mais pas pour longtemps car ce pétrolier a vraiment des envies de fugue. Il rompt à nouveau ses amarres et va s’échouer sur un banc de sable. Si notre bateau suit le chenal du Niger celui-ci est étroit, beaucoup trop pour faire passe de front deux bateaux surtout la nuit. Au matin, nous sommes toujours immobilisés sur le fleuve, il va falloir dégager le pétrolier de son banc de sable. Quelques passagers commencent à trouver le temps long et certains devraient être arrivés à destination. En effet si nous étions partis comme prévu le mardi soir à 22 heures, nous étions à Ségou le mercredi dans la matinée et Mopti le jeudi matin. Hier notre capitaine Tall nous a annoncé que nous arriverions à Mopti le vendredi matin, mais ça c’était avant les « incidents » de la nuit…
Nous avons dû quitter ou nous éloigner un peu trop du chenal et notre compagnon a frotté sur un banc de sable, cassé ses amarres et s’est arrêté, posé pour la nuit. Il va falloir aller le récupérer. Manœuvres d’approche, raboutage et voici notre compagnon faisant des tours de manège de façon à se dégager. Nous perdons encore une bonne heure mais c’est l’occasion de s’instruire sur les traitrises du fleuve. Le plus ennuyeux pour nous dans l’affaire c’est que étant à l’arrêt nous sommes privés d’eau, donc pas de toilette possible.
Petit déjeuner à 8 heures et pendant que nous sommes à la salle à manger le bateau bouge, nous repartons, mais Mopti est encore loin. Arrivée à Massina dans la matinée, aussi appelé Ké-Macina, ville importante que l’on pourrait comparer à Koutiala, qui est près du fleuve. Arrêt pour le fret et le ravitaillement des marchandises, les habitants vendent leurs poissons, du charbon de bois et autres paniers tressés. Forte animation mais le poisson n’est pas arrivé. Cela nuit aux échanges. Le mur du port est renforcé d’un treillis métallique et d’ordures. Cela ne semble pas étonner. Pourtant le fleuve aurait du nettoyer ces contreforts. Un brave homme urine à proximité des blanchisseuses mais une telle situation semble normale. Dur dur…
La croisière suit son cours. Sur le chemin nous rencontrons l’autre bateau de la COMANAV qui descend vers Ségou. C’est le moment des échanges entres ceux qui vont vers le nord et ceux qui en reviennent. Surtout échange d’informations sur les conditions de navigabilité entre les équipages. C’est ainsi que Tall pourra estimer ses nouveaux délais de route. Notre prochaine ville sera Diafarabé, c’est dans cette partie du fleuve que l’on peut voir les aigrettes et cormorans du Mali qui arrivent d’Europe pour passer l’hiver. Très joli village où la population est au rendez vous.
En fin d’après midi, nous avons pris un beau coucher du soleil, dont voici quelques photos. Nous avons aussi appris qu’on devrait arriver à Mopti vers 22 heures et repartir vers minuit. Avec un peu de chance on aura rattrapé un peu de notre retard. JP distribue quelques prébendes en expliquant les difficultés actuelles : ampoules absentes, pas de thé le matin, café rationné, serrure défaillante, toilettes sans eau. Ca devrait améliorer les choses.
L’argent remis produit son effet. Chez Andrée la première ampoule de tête de lit fait sauter les plombs, pour la seconde c’est bon. Chez les Fontenille, l’ampoule fonctionne du premier coup, mais nous avons un autre gros problème à résoudre, notre serrure a rendu l’âme ainsi que le pêne, ce qui veut dire que non contente de ne plus fermer à clef, la porte ne ferme plus du tout. Jean-Pierre a bricolé avec les moyens du bord, pour que la porte reste fermée. Une ceinture, un fauteuil de jardin et une chaussure pour bloquer notre porte. Mac Giver existe donc bien ! Il porte ses outils sur lui et donne entière satisfaction.
Samedi 22 novembre, il est 0 h 30 quand nous nous arrimons au quai de Mopti et il est 1 h 12 quand on vient frapper à notre porte, c’est pour voir s’ils vont pouvoir réparer notre serrure. JP sort dans la coursive où il retrouve François, un français en vacances, très agréable. Ils discutent d’affaires d’hommes, de Bamako et de sa vie. François a passé toute la semaine à l’hôtel « la chaumière » qui est celui dans lequel Isa et JP descendent habituellement. François explique aussi qu’il est descendu du bateau pour voir les manœuvres de chargement déchargement. Pas moins que quatre jeunes hommes lui ont proposé leurs « services ». La conversation dérive donc sur la prostitution au Mali. Les femmes, leurs conditions, les tarifs et le rôle des hôtels. Le technicien en serrure apparait avec l’objet ! Et bien oui, il va la réparer. Isa est au fond de son lit en train de lutter contre le sommeil pour surveiller. Bon, la serrure fonctionne et son pêne est tout neuf. Retour au lit pour une nuit dodo et ordinateur. JP en profite pour apprendre ou plutôt découvrir la « «troisième couleur forcing ». Isa elle s’en prend aux charmants insectes qui sont venus nous voir. Gros comme le pouce et parfois plus, ils sont câlins. Isa les tue sauvagement à coup de littérature policière.
Au petit matin vers 6 h 20, nous n’avons toujours pas bougé de Mopti, du coup on s’habille et on part faire un petit tour, le bateau est plein de passagers et de fret, ils ont débarqué les mobylettes pour charger essentiellement des marchandises alimentaires. Nous levons l’ancre à 8 heures. Petit rappel, quand nous sommes en escale, le moteur est arrêté et donc nous n’avons plus d’eau. Andrée s’inquiète de savoir si cette eau est prélevée directeùent dans le Niger. JP affirme que bien sur elle est celle du Niger. Andrée ne veut plus se laver alors JP décrit la vérité vraie. Il s’agit d’eau « puisée et traitée » qui se trouve stockée au fond du bateau dans des cuves.
D’après Tall, nous arriverons à Tombouctou lundi 24 novembre et le bateau viendra nous rechercher le dimanche 30 novembre, donc arrivée prévue à Mopti le 2 décembre, si tout va bien. Si nous abandonnons le pétrolier à Mopti, le Niger est difficile entre Tombouctou et Gao. En conséquence nous resterons deux jours de plus à Tombouctou. Dès que nous aurons du réseau, il faut appeler l’hôtel le Bouctou pour leur dire que nous sommes retardés (mais ça ils doivent le savoir) et dès que nous sommes à Tombouctou, envoyer un mail à Thomas pour lui dire que pour notre rendez-vous, il risque d’être bien compromis.
En attendant le bateau s’est rempli. Le sol est couvert de corps épars. Nous piétinons les militaires pour aller jusqu’au bar. C’est le temps des mutations en route pour les garnisons du nord, celles attaquées par les touaregs peut être. Les ballots se sont entassés mais un avantage : à notre porte un vendeur de bananes a posé son sac et sa balance. Ces dames aiment les bananes et ce matin JP leur en a acheté quelques unes sur le port. Demain il faudra se réapprovisionner.
Et c’est reparti ! Enfin pas pour tous : à discuter le bout de gras, ou négocier au marché on en oublie l’heure, c’est une passagère qui doit affréter une pinasse à moteur pour nous rattraper et nous rejoindre comme s’il n’y avait pas assez de monde à bord. Enfin elle était déjà à bord avant alors on ne pouvait pas ne pas l’embarquer. C’est le passage entre la pinasse et le bateau qui fut le plus périlleux.
Petit déjeuner avec du thé ! Tout s’améliore et la salle à manger s’est remplie avec notamment une charmante anglaise venue pour terminer la rédaction d’un guide touristique. Là elle s’est pris quelques jours de vacances pour aller jusqu’à GAO. Discussions autour de cette table animée. Café et eau chaude à volonté. Ahhh la grande vie… bien que le beurre ait disparu au profit de la confiture. Une cuillérée de confiture en lieu et place d’une rondelle de beurre. Maintenant nous sommes deux tablées de première !
Suite aux découvertes de la nuit, Jean-Pierre en met plein la vue à Andrée en l’entreprenant sur la troisième forcing. Heureusement le cours de bridge est là pour fournir de BONNES explications. Croisière bridge sur le Niger… Isa essaye de joindre l’hôtel mais le numéro est erroné. Angoisse… Finalement ce n’est qu’une erreur liée à la nouvelle numérotation au Mali. Les numéros de téléphone sont passés de 7 à 8 chiffres et les règles de transformation sont assez complexes. Ils nous attendent donc pour l’arrivée du bateau lundi matin aux aurores. Les miracles se succèdent et Andrée est conviée à aller surveiller la réparation de ses toilettes. Isa en profite pour obtenir l’autorisation d’accéder à la cabine de pilotage avec Jean-Pierre qui s’est cru abandonné et s’est mis à l’ordinateur.
Nous continuons notre petit bonhomme de chemin à travers les méandres du delta inférieur, avant d’entamer la région des lacs qui va s’étendre au-delà de Tombouctou. Le paysage est changeant, tantôt tout parait marécageux, tantôt des villages apparaissent le long du fleuve, beaucoup de pêcheurs, le Niger est un fleuve très poissonneux. C’est aussi l’espace rêvé des oiseaux migrateurs qui arrivent du Nord, ils ne sont pas encore très épais car leur route fut longue, en fin de compte ils sont comme les poulets bicyclette.
Dans l’après midi nous allons faire un tour dans la poste de pilotage, pour cela il faut descendre un étage, passer par les secondes et prendre une échelle pour y accéder. Dans le poste il y a deux pilotes qui regardent le fleuve et donnent leurs indications et le 3ème qui pilote le bateau. Le quatrième homme et bien c’est la mouche du coche. On n’a pas bien compris ce qu’il faisait. Enfin avant de redescendre ils ont tenu à être pris en photos ce que nous leur avons accordé volontiers.
Voici la région des lacs, le premier le lac Debo est le paradis des pécheurs, à pieds ou en pirogue, pêche à la ligne au filet à la nasse ou… avec les mains. Il arrive qu’ils remontent dans leur filet des capitaines d’une centaine de kilo. Ce sont des poissons… pas de vrais officiers. On en trouve aussi dans l’océan Atlantique, simplement ce sont des poissons qui se sont adaptés à l’eau douce. Nous arrivons à Youvarou, dont le port s’appelle Aka, la ville est très animée, c’est le coucher du soleil et bientôt la nuit. Les marchands viennent avec leurs pinasses le long du bateau pour vendre leurs produits, poissons, légumes et autres graines. La nuit est tombée, les passagers se sont installés sur le pont promenade et les coursives ce qui pose un léger problème car dans le nuit, nous ne voyons pas sur quoi nous marchons. Pendant la nuit nous faisons une escale Ambiri où nous stationnons le temps de charger et décharger, mais nous restons bien au fond de notre lit.
Vers 5 h 30 nous arrivons à Niafounké, gros port, le quai grouille de monde, les militaires débarquent et un camion vient les prendre en charge avec leur cantine. Il est dans un piteux état, le chauffeur met deux gros bidons d’eau, mais ça fuie bien en dessous, espérons pour eux qu’ils arriveront à bon port. Nous descendons sur le quai, histoire de se dégourdir les jambes et voir un peu plus que le bateau. Nous en profitons pour acheter un pain rond cuit dans des fours de terre car le midi et le soir, ils n’en servent pas. Nous nous renseignons préalablement sur le tarif ce qui simplifie les négociations.
Les sacs de mil se chargent avec des efforts bizarres. Plutôt que de le prendre sur leurs épaules, les porteurs les mettent sur leur dos. Enfin Ca monte sur le navire et Ca s’entasse partout. Le bateau sera plein jusqu’à Tombouctou. Le bateau repart vers 9 heures, nous entrons dans l’Issa Ber qui est une plaine inondée mais déjà le paysage change, on sent que le désert n’est plus très loin, la terre rouge à disparue au profit de la terre beige et grise. Le cours plonge vers le Sud Est, là commence le sommet de la « bosse du chameau », ce terme vient des traditionalistes, le Niger s’insinue au milieu d’une étroite bande de terre bordé par le lac Fati.
Après avoir passé le lac nous arrivons à Diré, grosse bourgade reliée par une route de bonne qualité mais non bitumée à Goundam qui est aussi un grand village et qui lui est bordé par le lac Télé. C’est une escale importante car il y a beaucoup de monde qui descend. Nous avons le temps après le déjeuner, aujourd’hui couscous, de descendre du bateau et d’aller faire une petite balade jusqu’à la place du village et acheter des bananes. Comme nous sommes dimanche, les enfants n’ont pas d’école, ils profitent de leur temps libre pour laver le linge et se laver. De l’autre coté, ce sont les mobylettes qui ont le droit à leur toilette en faisant tourner la roue arrière dans l’eau, et un peu plus loin ce sont des moutons qui sont lavés, pour qu’ils soient beaux pour Tabaski. Il y a aussi un déménagement emménagement à Diré ou Gouram, madame surveille de près le chargement précaire de la charrette.
Nous ne sommes plus qu’a six heures de Tombouctou. Et nous repartons à 15 h 15, ce qui devrait nous faire arriver aux environs de 9 h 15. Donc nous prenons l’apéritif, et passons à table pour diner. Juste après nous accostons et nous nous préparons à descendre. Il nous aura fallu deux jours de Mopti pour arriver à Kabara, port de Tombouctou, nous accostons dimanche soir vers 21 heures. Notre croisière aura duré cinq jours.