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Chapitres
Samedi 29 novembre, il est 6 h 20, quand Isa ouvre un œil, JP est déjà sur le pont à faire des photos, car nous sommes à quai à Diré. Il fait un froid de canard, 20°, tout le monde est couvert avec anorak fourré et manteau de fourrure. Tall demande à Jean-Pierre comment il peut tenir avec sa chemisette. Malheureusement il est trop tôt pour récupérer le bon pain rond. Tant pis on aura le pain un peu sec du petit déjeuner, mais aujourd’hui c’est beurre ET confiture. JP fait le tour du navire et découvre les moutons. C’est bientôt Tabaski et une bonne centaine de bêtes sont là entassées. Elles se tiennent tranquilles en attendant leur débarquement.
Niafounké vers midi. JP va chercher le pain. Pas de vendeuse au port. Entrée dans la ville et première à droite, guidé par Ousmane (responsable des cabines 1ères et de la restauration) qui se propose de nous faire « du bon » pour ce soir. Sur le port s’est l’effervescence car on fait monter une voiture sur le bateau et la manœuvre est périlleuse et délicate. En revanche des moutons sont passés par-dessus bord et regagnent la rive en nageant. Tall gueule en voyant cela ! Peut chaut à l’éleveur qui finit sa livraison.
Vers seize heures, nous arrivons à Youvarou, beau village, bien entretenu que nous n’avions pas vu à l’aller car c’était la nuit. C’est bien le premier vrai port avec une zone entretenue. Le sable est là et JP découvre avec étonnement une voiture et des motos. Peut être les pavés sous la plage ? Nous assistons au troc de produits alimentaires contre des nattes. Et bien sur, au moment où le bateau se décolle du quai, une femme lance ses ballots de nattes sur la passerelle, et montera poussée et tirée à l’arrière du bateau directement par les rambardes.
Le lendemain nous savons qu’il s’agit de notre dernière journée de croisière. C’est bien triste. Nous regrettons presque le pétrolier qui nous ralentissait. Les berges se déroulent avec leurs mosquées et les pêcheurs. Coups de fil à l’hôtel pour s’inquiéter du transport. Ils nous envoient un chauffeur. Mahamane est prévenu de notre arrivée et rendez vous est pris à l’hôtel canari. L’arrivée se précise et voici le débarcadère plein de vendeurs ambulants et de commerçants. Il va bientôt se remplir des moutons qui squattent le pont inférieur. Les porteurs arrivent et nous débarquent. JP leur remet une somme qui ne les satisfait pas. Ils voudraient une journée de salaire chacun. Il n’en est pas question. Nous nous faisons traiter de couple de Sarkozi J. JP explique qu’il n’en est pas question et qu’ils peuvent réclamer. Hauts cris des deux jeunes qui réclament de plus belle. Serions-nous des négriers ? Habana.
Pour l’instant nous sommes agressés par tous les vendeurs qui veulent une pièce. JP les vire mais sa cote ne remonte pas dans la population. Ca dure car notre chauffeur tarde. Il n’est sans doute pas parti en avance et ne sait pas où nous sommes. Les vendeurs s’éloignent pour revenir ensuite à la charge. Nous ne craquerons pas ! Pour eux réussir une vente avec un blanc et c’est une journée voire une semaine de salaire facilement gagnée. Finalement voici la voiture. Les bagages se chargent et nous nous retrouvons dans un très agréable hôtel avec piscine et ombre. Une douche chaude !! Ces dames vont pouvoir se laver et JP regarder les informations. Bières et choix du repas du soir à une table près de l’eau. INTERNET aussi. Le repas est délicieux et nous change des nourritures de cette dernière quinzaine. Finalement il n’y aura pas de visite de Mopti mais simplement Djenné.
Le petit déjeuner du lendemain nous réconcilie avec la beauté du monde. Martine, la propriétaire de l’établissement est installée à Mopti depuis cinq ans. Auparavant elle habitait Bamako. Elle est avec une amie qui habite aussi Mopti, et dont le mari est directeur régional de l’agriculture. Nous parlons de choses et d’autre, de nos petits soucis de Koutiala, cuisine européenne à la mode malienne ; toutes choses fondamentales car touchant la vraie vie. Comment faire de bons plats avec les ingrédients maliens. La fabrication du jambon et des cochonnailles. Nous en venons au matériel de cuisine. Elle serait très intéressée par une de nos caves à vins car, elle n’en a pas et doit fréquemment aller à la Fourmi de Bamako s’approvisionner. Nous en rediscuterons, car nous sommes encore dans l’expectative : rentrons nous en mai ou dans quelques années. Isa raconte rapidement les déboires de la croisière et les retards qui nous ont empêchés de voir Thomas vendredi dernier. Et là surprise, et bien Thomas était peut-être bien là dans cet hôtel ou un autre à coté, enfin ça lui dit quelque chose ce nom. Elle pense même qu’il était chambre 6. Et dire qu’Isa avait réservé près du débarcadère !
Enfin Mahamane arrive avec la Mercédès blanche qui pue le gas-oil. Nous chargeons les bagages et faisons nos civilités à ces dames. JP n’ose pas les embrasser mais aimerait bien. Le chien couché sur la route est poussé, tiré, trainé pour dégager la voie et nous voici partis pour Djenné. Il faut prévenir Maria de notre arrivée du soir. Mahamane s’’en charge en Bambara. C’est étrange la façon dont sa voie change au téléphone. Alors qu’au naturel il est doux et souriant, au téléphone sa voie monte et devient plus hachée. On a l’impression qu’il insulte son correspondant alors qu’il parait simplement discuter. Le soleil est déjà haut et la voiture n’est pas climatisée. Enfin le bac. Lieu touristique où des blancs stationnent et donc infestée de marchands. En fait ce sont des enfants qui viennent vendre les objets des marchands avec des yeux implorants. Quand on les chasse, l’insulte suprême de la part des adultes : Sarkozi ! Son passage au ministère de l’intérieur l’a fait connaitre en Afrique. Depuis il est le Diable et surtout après un passage au Sénégal qui ne l’a pas fait aimer. Il faut bien comprendre que les enfants travaillent pour les vendeurs. Ces derniers laissent le touriste s’apitoyer sur les petits qui ne vont pas à l’école. Gagner un peu d’argent pour faire vivre une famille… Ce n’est pas comme cela que le Mali va se développer.
Finalement on peut embarquer et nous voici partis avec les quelques vendeurs ambulants. Ils font affaire avec Isa : un couple Dogon en pierre et bronze. JP achète un margouillat en pendentif local à une petite fille d’une dizaine d’années et qui vit de ces ventes sans aller à l’école. Peut être même fait elle vivre sa famille. Il achète mais pas cher. Mahamane ne coupe pas le moteur et enquête. Il y a une fuite au niveau d’un injecteur. Il va falloir réparer. En attendant JP a payé le passage et attend sa monnaie. Et ça traine. Il surveille du coin de l’œil le préposé qui négocie avec les moutons et chevaux. Nous débarquons enfin sans avoir calé et avec la monnaie.
Mahamane s’engage dans les rues de Djenné. C’est plein de personnes, de charrettes et de 4X4. En fait c’est marché et toute la région est là. Il, crie, hurle, fait se ranger les commerçants et nous progressons dans les rues. Enfin, il nous pose au restaurant et appelle un dépanneur. Puis il va prier c’est l’heure et il y a une grande mosquée à côté…. Celle de Djenné. Le restaurant fait un menu unique plutôt européen. Il est bondé de touristes allemands mais nous trouvons une table à proximité des cartes postales et des oiseaux très jolis. Nous nous reposons de cette première partie de voyage qui a été bien chaude et assez pénible. Quand nous sortons, nous trouvons le capot de la voiture ouvert et le technicien qui sait, le nez dedans. « Y’a pas de problème » ça va s’arranger. Pour l’instant c’est direction la mosquée. La taille de la construction est impressionnante. Nous en faisons le tour et revenons par le marché qui a envahi la place et les abords. Bien sur les prix explosent quand nous souhaitons acheter. Nous ne faisons donc pas affaire. Andrée apprécie peu la foule et nous revenons donc directement à la voiture lorsqu’un individu nous croise et nous bouscule presque en s’enfuyant à toutes jambes. C’est un voleur et il est poursuivi. Nous ne nous attardons pas d’autant que le poisson séché chauffe et exhale son fumet si caractéristique. La réparation se termine et Mahamane discute le prix. Nous montons en voiture et nous voici partis dans un véhicule qui cliquète à tout va. Mahamane est inquiet et à la sortie de la ville arrêt chez le réparateur qui serre et desserre les injecteurs et nous donne sa bénédiction pour rejoindre Koutiala à petite vitesse. En fait il faut tester la tenue de l’absence de cliquetis. Au début c’est 40 Km/h puis 60 puis 50 finalement nous roulerons à 100Km/h. Mais c’est pénible d’autant plus que la voiture s’arrête et ne redémarre pas ! Mahamane trouve Deux individus pour pousser et ça repart ! Enfin Koutiala, les lits, l’eau chaude et le confort presque moderne. Pour rester dans le classique africain, coupure d’électricité à l’heure du repas ; mais ce n’est pas grave, le champagne est frais.
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Ici se termine notre récit de voyage, quinze jours merveilleux. Rare sont encore les touristes qui s’aventurent dans cette croisière avec la Comanav. Loin de faire de la publicité pour cette compagnie pour laquelle nous aurions peut-être quelques griefs à faire. Elle a quelques avantages sur la pinasse. Ce bateau, même s’il n’est pas d’une première jeunesse est nettement plus sûr qu’une pinasse. On a la place pour bouger, pour aller sur le pont promenade. Nous nous arrêtons dans les ports principaux où l’animation est bien réelle et nous avons le temps d’aller faire un petit tour, acheter quelques provisions. C’est vrai nous avons aussi un minimum de confort (climatisation, douche, et réfrigérateur). Et puis le plaisir de ces paysages qui défilent sous nos yeux.