Bon embarquement sur le Niger


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Tombouctou

Chapitres

Nous voici arrivés à Kabara à 21 h 30 le dimanche 23 novembre. Bien sur le quai est « noir » de monde. Des noirs dans la nuit africaine… Il va falloir repérer le véhicule venu nous chercher. Pour l’instant nous attendons qu’on vienne nous prendre les bagages. François vient nous souhaiter un bon séjour, nous remettre ses coordonnées et discuter un peu, puis il part saluer Andrée qui est dans sa chambre. Enfin les porteurs arrivent, Isa les suit ou du moins essaie, c’est la vraie bousculade. Les bagages sont déjà loin qu’elle arrive tout juste à la passerelle. Elle descend, prudemment et fait son possible pour ne pas être jeté à l’eau car ça double sur la gauche avec un gros panier d’oranges sur la tête et ça la pousse pour remonter dans le bateau, résultat elle est précipitée en bas de la passerelle, les deux pieds dans l’eau et le pantalon trempé. Finalement le chauffeur de l’hôtel est avec les bagages. Il est accompagné d’un aide (le correspondant du Bouctou !) à qui Isa indique comment identifier Jean-Pierre, plus familièrement appelé ici JP, avec Andrée dans la foule. Isa retourne à la voiture pour y retrouver Andrée. Jean-Pierre est reparti vers le bateau pour remettre les clefs de cabine à Tall ainsi que la télécommande de la climatisation.

Pour eux la descente s’est bien passée jusqu’à la passerelle. Au moment de s’y engager, la foule, maintenue le plus possible à distance réussit à se ruer dans le navire. La charge de la brigade légère, le choc, la masse. Andrée est envoyée sur le tas de sacs de mil, JP arrive à sauter sur un point haut loin de la meute. Un flot ininterrompu de femmes, enfants, mâles qui viennent avec leurs sacs et paniers remplir un bateau plein. On ne résiste pas. Andrée est assise au sommet de son tas et se demande quand le flux s’arrêtera. JP plus inquiet se demande ce qu’il serait advenu d’Andrée et lui s’ils s’étaient engagés. Un jeune homme est allé directement à l’eau. Un autre s’est accroché aux câbles de sustentation de la passerelle et oscille au dessus de l’eau sale du port. Et puis ça se calme. JP et Andrée s’avancent et quelqu’un appelle « JP ! ». Il s’agit de notre correspondant. Ce dernier aide Andrée à sauter par-dessus l’eau ; JP patauge jusqu’à la rive. Direction la voiture où Isa n’est pas là ! Pour JP c’est le moment de rendre à Tall clés et zapette. Mais comment le retrouver ? Il n’est pas à son bureau et il a bien demandé que les éléments lui soient remis personnellement. Négociation avec des employés qui se proposent pour prendre les clés. Ils espèrent bien pouvoir faire nos poubelles et récupérer tout l’or que nous y avons laissé : bouteilles vides, livres ou revues terminées, etc. Voici Tall qui arrive. Nous nous saluons, la remise se fait et à bientôt.

Notre chauffeur Mohamed, est d’origine marocaine et touareg. Il nous demande d’où nous venons et le fait qu’on habite le Mali a l’air de lui plaire. Le correspondant de l’hôtel est reparti en mobylette. Heureusement car la voiture est pleine. Mohammed nous conduit à l’hôtel Bouctou qui se trouve à 7 km de l’embarcadère. Il existe aussi le campement Bouctou qui lui est plus spécifiquement réservé à ceux qui préfèrent dormir sous les tentes ou en plein air. Au premier abord et de nuit ça parait sympa, le style est tourné vers le mauresque. Pas de WiFi, pas de réfrigérateur dans les chambres, pas de télévision (mais ça c’est accessoire) et pas de piscine. En revanche on sait déjà qu’il y a un guide à l’hôtel que nous avons rencontré à l’arrivée, ainsi qu’une foultitude de vendeurs de tout et de rien. Demain, nous verrons les excursions et visites qu’il nous propose. De toute façon, avant, il devra nous montrer sa carte de guide.

Lundi 24 novembre, ce matin nous découvrons notre hôtel et déjeunons dehors sur une terrasse. Comme nous nous y attendions nous avons les guides et autres vendeurs qui viennent nous solliciter. Un guide se présente comme étant celui de l’hôtel. A notre demande, il nous présente sa carte ; pas de problème, nous ferons affaire avec lui. En attendant nous faisons un tout petit tour pour découvrir Tombouctou Koy, c’est le site de Batouma où se trouvait un célèbre puits aujourd’hui en restauration.

Après direction le cybercafé, pendant que le jeune homme de l’hôtel qui nous accompagne va chercher une pile pour l’appareil photos d’Andrée. Le cyber est dans la bibliothèque en face de la Mosquée Djingareiber. Le haut débit n’est pas si haut et surtout partagé entre une dizaine de postes. En plus Isa s’est installée sur un ordinateur dont l’internet explorer est « spécial coran ». Au bout de cinq minutes de récriminations elle permute avec JP. Les ordinateurs sont bridés et l’on ne peut accéder qu’à quelques logiciels de surf sur internet, de bureautique ou de jeux. JP commence donc par craquer le système pour explorer les logiciels installés. Ni antivirus ni pare feu !! Ca doit grouiller de méchantes bêtes ! On viendra avec nos ordis et on verra ça demain. Peut être pourrons nous jouer à BBO ? En attendant le guide revient avec un stock de piles pour l’appareil photo d’Andrée. Il fait choisir. C’est cher : le tarif européen. Mais c’est de la marque. Finalement nous faisons affaire… enfin il a certainement fait affaire… il fait des affaires.

De retour à l’hôtel, eau glacée et apéritifs. Nous passons commande d’une lampe de chevet pour Andrée. Elle arrivera avec son abat jour rendant l’âme et sans rallonge. Mais c’est sans importance ! Nous avons depuis Koulikoro des super méga rallonges chinoises ! Andrée pourra donc lire ce soir au chaud sous la clim et sa couverture. Si la clim d’Isa et JP est à télécommande, celle d’Andrée est à boutons. Un pour le mode, un autre pour le débit, un troisième pour la température. Enfin nous supposons car le matériel est russe et les légendes sont en cyrillique. Vestige du début des années 70 ? Dur pour les pièces de rechange mais aussi preuve de la fiabilité des productions du système soviétique. La clim est placée en hauteur au dessus de la porte. Les boutons sont donc inaccessibles et le seul mode de réglage possible est le disjoncteur qui sert de bouton « marche – arrêt ». De toute façon elle fonctionne bien, rafraichit efficacement et c’est bien là le principal.

Repas à la suite. Plus de riz sauce mais crudités variées : pois chiches, haricots et petits pois… qui accompagnent tomates, oignons et poivrons. Brochettes trop cuites (mais c’est quand même de la viande) et frites sans sel. Isa en demande. Coups sourds dans l’arrière cuisine et le serveur revient avec un bloc de sel moulu fin à la masse. Il rapporte également du poivre écrasé et du piment. Pour dessert une crêpe confiture ! La débauche quoi. Nous discutons des informations vues sur internet. Rien de palpitant. Sentiment de l’inanité des problèmes politiques nombrilistes de la France. Andrée nous annonce qu’elle nous quittera avant la fin de l’année car elle fêtera le 1er de l’An avec sa famille. Nous sommes bien tristes.

Après le repas sieste et à 16 heures Andrée vient frapper à la porte car le guide attend pour la visite de la vieille ville. Mosquée Djingareiber construite en 1325 (visite interdite), maisons des explorateurs, maison Essayouti (c’est un musée), mais qu’on visitera peut-être plus tard, maison dédié à l’anglais Alexander Gordon Laing qui fut assassiné par les touaregs qui pensaient qu’il venait pour coloniser la ville. A l’époque un homme seul pouvait se tailler un empire. Une autre maison celle René Caillé qui pour s’intégrer à la population a appris l’arabe et le coran, il a fait croire à la population qu’il était musulman et qu’il voulait faire son hadj mais certains suspicieux l’ont testé et il a été découvert. Bien sur ils ont voulu pratiquer la charia : le tuer mais avant l’amputer des bras et des jambes. L’imam de Tombouctou a dit que la religion n’était pas faite de violence et qu’il fallait le libérer pour qu’il retourne dans son pays.

Nous continuons notre promenade chez un artisan copiste de manuscrits reproduits et mis en cadre en cuir. A la suite nous découvrons la maison d’Heinrich Barth, venu en émissaire de la Reine Victoria prendre des nouvelles de son ami le Major Alexander Gordon Laing. Apprenant l’assassinat de ce dernier, il expliqua aux habitants que Laing était un explorateur pacifique et que son meurtre était d’une profonde injustice. La ville de Tombouctou a érigé une maison avec une plaque à sa mémoire, pour se faire pardonner.

Et voici la Mosquée Sidi Yahiya construite vers 1400, la mieux entretenue de Tombouctou, difficile à prendre en photos car nous manquons de recul. Les portes d’entrée sont ouvragées avec des symboles de style marocain.

Nous terminons par la mosquée Sankoré, qui à l’origine était une université coranique, maintenant l’école à été transportée un peu plus loin. Une légende dit que ce serait une femme berbère qui l’aurait construite.

Tombouctou est moins sale que d’autres villes du Mali mais reste quand même marquée d’odeurs bizarres et de ruisselet d’eaux usées. Les maisons sont plutôt en bon état et entretenues. A l’évidence le tourisme est actif et conduit à l’entretien au moins des maisons du quartier touristique. Pour l’heure ces dames sont fatiguées et nous rentrons.

Mardi 25 novembre, dès 8 h 30, nous repartons pour les visites et nous nous séparons en chemin car Jean-Pierre va finir la visite prévue, quant Andrée et Isa, elles partent au centre de documentation et de recherches historiques Ahmed Bada, dont certains manuscrits datent de 1241. Elles sont accompagnées du boy de l’hôtel et d’un touareg « Ahmed » qui tient ses futures clientes.

JP découvre que la fin de la visite consiste pour l’essentiel dans l’exploration de commerces pour acheter de magnifiques objets. Réminiscences de Daninos… Le cuir repoussé et repoussant décrit dans « vacances à tout prix ».

Pour elles (Andrée et Isa), après le musée, direction l’artisan copiste, elles veulent acheter le calendrier musulman. Isa à fait baisser les prix de moitié. Mais il n’y aura qu’Andrée qui achètera. Les copies sont de qualité. L’artisan a un apprenti. En fait, rares sont ceux, à Tombouctou, à savoir d’une part écrire l’arabe et d’autre part faire les calligraphies et enluminures que l’on trouve sur les anciens parchemins.

Nous allons ensemble vers le marché pour acheter des tissus et, pour Andrée, une tenue sur mesure. Isa achète un turban de 4 mètres pour faire des chemises. Jean-Pierre, de son coté s’inquiète de trouver des piles de bonne qualité et du pastis. De retour à l’hôtel nous nous désaltérons, et Moussa, un Touareg « très beau pas cher, nous montre ses bijoux. Ces dames lui achètent chacune une carte d’orientation touareg en métal argenté. JP et Andrée entreprennent leurs révisions de bridge pendant qu’Isa met en forme ce petit livre de voyage.

Le boy, dont nous ignorons toujours le nom, est parti rechercher le pastis. D’abord chez les militaires, ensuite chez des revendeurs, enfin chez des commerçants. C’est finalement là qu’il en trouve aux alentours de 5000 F (7,5€). Ca devenait important car la bouteille de pastis burkinabé acquise à Bamako se finissait. En plus c’est du pastis de France ! Pas de marque certes mais de France… Il rapporte également la tenue d’Andrée. Vivement qu’elle l’essaye ! Verte à motif elle lui convient parfaitement.

« De 34 à 4… » Un malien a-t-il du réduire ses tarifs de 34000 à 4000 ? C’est la question que nous nous posons pendant le café. Un nouvel arrivant parle fort en ces termes. Au bar de l’hôtel les maliens discutent ferme ! Politique française… Le choix de la secrétaire générale du parti socialiste préoccupe les consommateurs qui argumentent avec les cuisiniers ! A l’évidence on voterait bien Ségolène. 34 et 4 seraient des écarts de voix. La culture politique et les arguments se résument essentiellement aux propos exprimées lors de l’élection présidentielle et ne reposent sur rien d’autre que des bouts d’images. Cela n’empêche pas la salle d’être divisée. A l’hôtel, France 24 est diffusée en alternance avec Info-sport. Ceci explique sans doute que le bar soit le lieu de tribunes politiques et d’embrasements sportifs pendant les matchs de la coupe d’Europe. Heureusement nous évitons la tribune sportive.

Dans l’après midi nous allons jusqu’à la place de l’indépendance ; c’est un grand rond point, avec l’hôtel de ville, le gouvernement régional et la gendarmerie. Au centre, le monument de l’indépendance. Ensuite direction le monument de la flamme de la paix ; en haut des marches se trouve le bucher dans lequel sont enfichées dans le ciment les armes des combattants touaregs et des militaires maliens. Il n’a que douze ans et les plaques de marbre ou stuc disparaissent progressivement. L’usure du temps ou plutôt la qualité de la réalisation. Dans dix ans qu’en restera t’il ? En bas de ce monument se trouve la place du troc ; les caravanes viennent pour échanger sel et vivres avec les habitants de Tombouctou. Il s’agit de vraies caravanes de chameaux et de vrai sel du désert.

Le soir pour changer nous allons diner en ville. Pour ce faire, Mohammed, le chauffeur, nous fait visiter quelques gargotes. La première nous semble bien tristounette et les tables sont en salle. Nous promettons de tenir l’aubergiste au courant de nos intentions et sortons. Isa va pour monter en voiture quand elle tombe en arrêt devant un billet de 10 000 F (15€) et le ramasse. Affolement dans la rue. Mohammed est aux cent coups ! Il tâte ses poches et le réclame car il vient de perdre un ce billet qui lui a été confié par un ami pour être remis à un autre. Dans le même temps une jeune fille assise à 20 m nous regarde, comprends la situation et se précipite en riant vers Isa et lui réclame sa part ! Mohammed qui n’a aucun humour, téléphone à son copain pour prouver sa bonne foi ! Nous avons beau lui rendre l’argent lui expliquer que nous le croyons il n’aura de cesse qu’Isa ait causé avec le copain. La jeune fille pour sa part rit de plus belle et demande aussi le billet. Mohammed est excité et nous préférons lui demander de nous emmener voir un autre établissement pour diner alors que la jeune fille rit de plus belle en essayant cette fois de convaincre JP de lui remettre 10 000 Francs ; mais Isa est là… alors….

Finalement nous nous décidons pour une pâtisserie-restaurant qui fait un excellent couscous brochettes pas trop cuites cette fois. Nous n’aurons pas d’explication pour l’aspect « pâtisserie ». S’agit-il des petits déjeuners ? Pas de lumière électrique ou de bougie. Nous piochons dans nos assiettes sans rien y voir. C’est l’occasion d’apprendre que les tomates ne sont plus de saison et qu’il n’est pas envisageable d’en manger. La viande est correcte et c’est bien agréable. C’est l(occasion de s’apercevoir que la nourriture prend de plus en plus d’importance dans ce voyage.

Mercredi 26 novembre, d’abord et avant tout faire le point du bateau. Coup de fil à la COMANAV, le bateau ne reviendra que vendredi sur Tombouctou, probablement l’après midi. « Rappelez vendredi matin à partir de 8h ». Pour l’instant Isa appelle Thom, pour le prévenir que malheureusement nous ne pourrons pas le voir car nous n’arriverons que le dimanche à Mopti et lui sera déjà rentré sur Rennes. Replanification de nos futures aventures sur Mopti et réservation à l’hôtel Canari qui a une piscine mais est à l’extérieur de la ville. Est-ce un mal ? Mohammed déclare bien le connaitre. C’est un très bon hôtel tenu par une française -Tautologie. Pour visiter c’est un peu loin mais à part le port et la mosquée il n’y a pas grand-chose à Mopti.

JP vérifie l’arrivée des salaires sur le compte. Seuls 500000 F (750€) ont été versés soit la moitié de ce qui était convenu. Soumounou est bien sûr aux abonnés absents. Il prévient Koutiala pour que la somme soit récupérée et distribuée. A l’évidence tout le monde est content du versement. Tout le monde sauf nous…

Dormir une nuit dans le désert n’est pas forcément ce que nous recherchons. En revanche y passer quelques heures et y déjeuner nous plaît. Nous inscrivons cette activité pour demain. Aujourd’hui ce sera donc la visite aux hippopotames. JP appelle le boy qui est toujours là, à proximité, pour rameuter guide et chauffeur. Tout s’organise et nous partons nous prépare dans l’urgence. Nous prenons l’essentiel : eau et appareils photos. Pas les piles restées à se recharger ou dans le sac pour celles prêtes à être utilisées. Nous nous entassons dans le véhicule et nous voila partis vers Koroumé petit port spécialisé dans les pinasses. Là JP achète des piles bâtons. « La meilleure qualité du Mali ! ». Si elles arrivent à faire fonctionner l’appareil canon, le Kodak est trop gourmand et les considère HS. Il est vrai qu’elles étaient à 1,5€ les 8, mais pour la meilleure qualité du Mali… ça décrit bien la meilleure qualité. Et pas que des piles. Le chauffeur repart et doit revenir vers 13h nous rechercher.

Nous allons vers l’embarcadère c'est-à-dire le fleuve. D’embarcadère il n’y a pas rien que la terre qui s’effondre dans l’eau. L’embarcadère au sens européen est de l’autre côté et des ouvriers y chargent des plaques de sel. Nous allons voir et discutons avec les gendarmes en attendant que la pinasse arrive à un endroit convenable pour y monter. Belle balade dans cette embarcation. Nous voyons de plus prêt que sur le bateau les nénuphars et les autres plantes des iles éparses du fleuve. Quelques hérons trainent sur les rives mais d’hippopotames point. Idrissa, le guide nous raconte que les militaires ont du tuer récemment des hippopotames qui avaient attaqué des pécheurs. Nous espérons qu’ils n’ont pas été totalement éliminés et nous continuons à avancer vers l’amont. JP et Andrée se sont assoupis. Les villages où d’habitude les hippopotames sont visibles défilent. Et au bout de plusieurs heures nous arrivons enfin là où il y en a toujours. Nous sommes aux aguets mais commençons à désespérer. Et puis soudain notre guide tend son doigt et indique qu’un hippopotame est là bas. En fait, sur le Niger, ça ressemble étrangement à un bout de bois noir qui apparait quelques secondes et disparait aussi sec ! La pinasse se met à poursuivre le bout de bois. Toutes les 20 secondes environ il réapparait et JP arrive à le photographier mais avec le zoom poussé au maximum et donc tout flou. Ca ressemble à une altère qui flotte et c’est les yeux de la Bête. Ce sont deux hippopotames : une mère et son petit. A force, la maman se fâche et surgit bien près ! Le guide décide que ça suffit et que nous allons rentrer. Retour vers le port de départ.il est 15h passées lorsque nous arrivons et le chauffeur commençait à trouver le temps très long.

Retour au Bouctou pour un déjeuner tardif. Isa se plaint depuis le matin d’un mal de gorge résistant au désinfectant buccal ; vous savez le pschitt-pschitt qui a un goût bizarre et qu’on vaporise dans la gorge. JP, bonne âme part en chercher avant que d’aller voir les manuscrits qu’il n’a pas encore admirés. Le boy lui demande l’autorisation de l’accompagner à toutes fins utiles. JP accepte et le boy emprunte une paire de chaussures pour aller en ville. Ses tongs commencent à le lâcher. Lors de la visite du premier jour, JP avait noté près d’une mosquée l’existence d’une « vraie » pharmacie. Nous y arrivons. Une dame en mobylette s’y arrête. Sa fille descend et va demander un médicament. Elle ressort pour annoncer le prix à la mère : 8500. Réflexion… mais c’est vraiment trop cher. Elles ne se soigneront pas. Pour ce qui est de pastilles du genre « STREPSIL » le pharmacien n’en a plus. Rupture de stock sur BAMAKO. Il interroge pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’une angine. Grâces soient rendues au boy qui emmène JP dans une autre vraie pharmacie située à l’autre bout de la ville. Là il existe encore des bonbons pour la gorge. C’est mieux que rien. Retour à l’hôtel car maintenant le musée se ferme. Le boy aura droit à un cadeau et le lendemain il n’a plus ses tongs mais des chaussures.

En attendant Andrée réveille Isa vers 19h pour passer à la soupe. Vu l’heure du déjeuner (16h30) un rien suffira. Pendant le repas un français attablé non loin passe coup de fil sur coup de fil pour connaitre le numéro de l’ambassade, au Mali et en France. Sans écouter nous entendons une histoire navrante. Une femme qui l’accompagnait a été chargée par un éléphant et est décédée. Du coup nous comprenons mieux l’attitude du guide avec l’hippopotame qui commençait à devenir agressif. La soupe tarde et JP relance le serveur. Se faisant il découvre que Bordeaux reçoit Chelsea et suit d’une oreille distraite l’événement avant de se poser au bar devant le poste. Très vite il se lasse et va se coucher. Auparavant il installe Andrée dans son lit devant un film sur l’ordinateur. Sacrifice de JP ! Car l’ordinateur d’Andrée n’a pas le son et JP prête celui avec lequel il joue au poker le soir et surtout le matin de bonne heure. Il va être obligé de lire…

Jeudi 27 novembre, pendant le petit-déjeuner un des serveurs vient nous voir pour nous demander des médicaments pour la gorge, nous lui répondons que nous n’en avons pas. Il a du l’apprendre par le boy. En sortant de table, Andrée va regarder son film, Indiana Jones et la dernière croisière, qu’elle n’avait pas pu regarder hier soir car Jean-Pierre avait oublié de lui expliquer comment ça marchait, et comme elle n’osait pas venir nous déranger, elle a éteint l’ordinateur et est partie se coucher. Donc pendant qu’elle regarde tranquillement son film, Jean-Pierre et Isabelle s’occupent et lisent.

Arrive 11 heures, nous attendons Mohamed, le chauffeur pour la balade dans le désert. Il vient pour demander une petite avance pour l’essence et les bananes. A l’heure dite, il vient nous chercher en 4X4 Toyota. Le véhicule est haut et le chauffeur prévoit un marchepied (casier coca cola). Nous voila partis vers les dunes du désert, mais avant petit arrêt pour la caravane de chameaux et les plaques de sel. On continue vers le désert, second arrêt pour monter sur la dune et prendre quelques photos, on fait un tour dans le désert, Mohamed nous explique que les touaregs contrairement aux membres de l’ethnie dont il fait partie, ne sont pas regroupés mais éparpillés. La région Rhône Alpes investit pour l’amélioration des conditions de vie. Ils construisent des puits, écoles et sanitaires. Nous arrivons au campement où nous allons déjeuner, Mohamed nous propose un tour à dos de chameau, nous déclinons l’offre et nous préférons aller sous la tente dont le toit est en peau de chèvre ou de mouton, il y a des matelas sur les nattes. Le méchoui est déjà cuit et prêt à être dégusté, et c’est délicieux, Andrée mange avec les doigts pour la première fois de sa vie, si l’on excepte quand elle était enfant. Comme dessert, c’est bananes, et enfin le thé, le premier est amère comme la mort, le second est doux comme la vie. Mohamed nous demande si nous connaissons le plat traditionnel du nord du Mali : le toukassou, c’est un plat fait avec une grosse boule de farine cuite un mélange de 12 épices, du mouton et de la sauce tomate. Et bien non nous ne connaissons pas, il appelle notre hôtel pour commander le plat pour le soir. Nous discutons avec les touaregs. En fait il y a le chef ou patron qui parle un excellent français et dirige tout. Derrière les enfants. Pas de femme. Nous levons le camp et ramenons un des touaregs à l’entrée de la ville, en passant le poste pour entrer dans la ville, nous nous faisons contrôler, mais rien de bien grave puisque nous revenons sur Tombouctou, et nous en venons. Retour à l’hôtel.

Petite sieste puis lecture sur la terrasse avant le coucher du soleil en buvant frais, le garçon de ce matin récidive avec les médicaments pour la gorge, Jean-Pierre explique qu’il faut qu’il prenne du miel et du thé chaud, car à la pharmacie ils n’avaient que des bonbons.

Vendredi 28 novembre, nous téléphonons à la COMANAV, dès huit heures, ils sont en liaison radio avec le bateau, il faut les rappeler d’ici une demi-heure. En attendant Ahmed est là pour nous emmener dans son campement. Nous lui expliquons que le rendez-vous est à 9 heures et que nous attendons des nouvelles pour notre départ. Nous rappelons, le bateau est prévu au début de soirée vers 20 heures, mais il faudra rappeler vers 15 heures pour savoir exactement l’heure. Amhed nous emmène en 4x4 Toyota vers le campement, où pour entrer sous la tente, on doit se casser en quatre pour entrer sous la tente, elle est faite de nattes. Andrée avec son genou raide, ne peut y entrer, donc ils installent une chaise devant l’ouverture pour qu’elle puisse profiter de ce qui se passe. Après le rituel du premier thé, c’est l’étalage de la marchandise, bijoux, cuirs et ébène. Si quelque chose nous intéresse, nous le mettons de coté, après on discute les prix, c’est tout un cérémonial, ils donnent leur prix, puis c’est nous et ainsi de suite, qu’au moment où on se tape dans la main si on fait affaire, autrement on se quitte bons amis. Après les achats, un nouveau thé nous est offert, il n’est pas perdant et pourra fêter Tabaski très dignement. Nous retournons à notre hôtel à pied, en fin de compte ce n’est pas si loin que ça.

JP laisse ces dames et va visiter. Les manuscrits tout d’abord. Petite salle de présentation des quelques pièces intéressantes. Des textes enluminés mais aussi des commentaires de texte. Le texte est au centre de la feuille et les commentaires tout autour et rattachés à une portion du texte central. On se croirait dans ces logiciels de gestion d’idées. La plus grosse part des manuscrits est en tas dans des armoires. A l’évidence, l’identification et le classement de ces documents est réalisé suivant le financement fourni par l’étranger. JP n’ose pas demander combien couterait l’achat d’un manuscrit original mais sans doute pas trop cher… A la suite nous allons visiter une maison typique et assez bien documentée. La boutique du maître des lieux, la salle de madame, une cour intérieur qui distribue les chambres et la grande salle. Un passage pour monter sur le toit avec la cuisine et les toilettes. Sympa. Le sol est en sable du désert. Lorsqu’il est salle on le décaisse et on le remplace. Bonne idée. L’entretien est simplifié.

Notre cicérone nous propose de ne pas suivre les conseils de Mohammed le chauffeur. Il nous propose des restaurants trop chers ! Il peut aller nous chercher eau et biscuit pour le voyage et nous emmener dans un restaurant excellent et bon marché. Trop tard ! Nous partons ce soir. Vers 15 heures, la COMANAV nous annonce que notre bateau « Général A Soumaré » sera à quai vers 19 heures, nos billets seront prêts, et nous n’aurons plus qu’à embarquer.

Mohamed nous conduit donc à l’embarcadère à l’heure dite, les bureaux de la COMANAV sont violemment fermés, on attend un peu dans le noir le plus complet, car le port de Kabara n’a pas l’électricité, c’est à chacun son groupe électrogène et nous serons donc éclairés quand le bateau qui arrive de Gao sera là. Le chef d’’escale arrive finalement avec l’électricité. Apprenant de JP qui nous sommes il pousse des hauts cris. Nous sommes honorablement connus et nos billets sont prêts. Il installe Isa et Andrée sur des chaises qu’il fait chercher et nous promet des porteurs pour les bagages. Mohamed avance la voiture pour décharger les bagages dans les bureaux, avant de nous quitter il nous offre des bananes, en attendant le bateau qui maintenant est prévu pour vingt heures. On voit une lueur à l’horizon qui annonce son arrivée, puis deux coups de sirène. Isa part en éclaireur, le quai est déjà noir de monde, beaucoup d’enfants attendent que la passerelle soit descendue pour se précipiter dans le bateau et descendre les bagages et colis pour quelques francs. Les bagagistes arrivent finalement et chargent sur leur tête un bagage chacun. Direction la passerelle.

Le chef d’escale a fait monter Isa à bord. Elle y a retrouvé M. le commissaire Tall qui l’informe qu’on est en train de nettoyer les cabines car son « chef » avait pris la n°1 de Gao à Tombouctou. Pendant ce temps, Isa essaie vainement de joindre JP sur son portable pour lui dire qu’il peut venir avec Andrée, les bagages seront transportés par les employés. Mais ça manque de réseau. Enfin les voilà avec les bagages portés par des boys, mais alors qu’ils approchent de la passerelle, un flot ininterrompu de personnes chargées de ballots sur la tête descendent du bateau. La foule traine Andrée et JP et les entraine dans les tas de sacs de mil ou autre. Andrée essaie de ne pas se retrouver les quatre fers en l’air et s’assied prudemment. Debout vite pour passer la passerelle à la suite de nos bagages qui s’arrêtent au premier.JP a vraiment eu l’impression de participer à l’une de ces colonnes d’explorateurs avec les noirs porteurs et les blancs portés. S’il avait eu un fusil il se serait cru dans un safari de nuit. Mais ne rêvons pas ! Les billets de mille francs sont prêts pour les « cadeaux ».

Tall nous annonce que pour le repas c’est râpé, il a déjà été servi, donc ce sera pour demain matin. Qu’a cela ne tienne nous avons des bananes, des cacahouètes et noix de cajous, donc pas d’inquiétude nous ne mourrons pas de faim. Jean-Pierre passe voir Ousmane le chef qui s’occupe des cabines des 1ères, et nous obtenons le second drap de lit qui manquait. Jean-Pierre sort pour faire quelques photos, pendant que les femmes terminent de siroter leur verre. Au premier, Tall est en grande discussion pour régler les mille problèmes de l’escale. Grand bruit dans l’escalier en provenance de l’étage. Quelqu’un l’a descendu sur les fesses. Il s’agit d’un enfant qui passe boitillant et se faisant pousser aux fesses avec d’autres gamins qui viennent du même endroit. Tall voit JP et lui indique que les enfants sont toujours turbulents. En fait ils chargent des caisses sur le navire mais le travail des jeunes enfants n’est pas tout à fait légal, totalement proscrit mais la réalité est bien différente. S’ils veulent manger…

Andrée commence à se sentir fatiguée et se retire dans sa cabine. C’est l’heure de se coucher. Il est 22 heures quand nous levons l’ancre de Tombouctou.



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